Tajmaεt

Posté par kabylie libre le 26 décembre 2009

Une structure de base : la jemaâ villageoise, assemblée des hommes du village  C’est ainsi que subsiste non seulement un fort sentiment de solidarité communautaire, mais encore son expression concrète et politique, et non pas au sein des grandes unités tribales (les leârach) sans instance de concertation régulière, mais au niveau de chaque village, dans la seule instance politique qui ait encore une réalité : l’« assemblée des hommes du village » traditionnelle, la jemaâ, toujours vivante, plus ou moins officiellement. Constituée par la réunion périodique des représentants de chaque famille ou de chaque quartier constitutif du village, cette institution villageoise siège dans une construction particulière, la tajmaât, ou « maison des hommes », qui impose sa présence quasi sacrée au sein du village ; elle gère la plupart des affaires de la communauté villageoise composée de tous ses habitants. Mais si la structure de la jemaâ demeure, ses hommes ont changé.    Autrefois, les assemblées villageoises offraient surtout de la démocratie son image fraternelle et égalitariste, certes souvent affirmée, mais la réalité était plus complexe. Car les représentants des grandes familles qui y siégeaient étaient le plus souvent les chefs de famille, les plus âgés, les imgharen, « grands » ou « têtes du village » (iqurray n taddart), les patriarches, qui formaient en fait une gérontocratie.                                                                                                                                      Aux réunions de l’assemblée des hommes, pourtant, toutes les familles du village avaient, en principe, accès à la parole, puisque le poids politique de chacun de leurs délégués était, dans cette société orale, fonction de sa seule aptitude à l’art d’une parole à laquelle tous avaient droit, permettant ainsi au meilleur orateur d’emporter la décision par sa seule force de conviction. En réalité, les patriarches des grandes familles avaient davantage de chance de se faire entendre que les autres, puisqu’ils étaient des imusnawen, « savants en science du discours », d’autant que l’adoption de toute décision exigeait l’unanimité des participants.                                                                                                                                                     Ainsi, par consensus, chaque assemblée débattait et résolvait les affaires administratives, juridiques et politiques de chaque village. En l’absence de fixation par l’écrit, cette oralité avait par ailleurs le considérable avantage de permettre une grande souplesse d’adaptation des réglementations. Ainsi en maintes occasions, des changements circonstanciels pouvaient conduire les assemblées à débattre des modifications nécessaires et à adapter le droit à ces nouvelles données.                                                                                                                                                      Les nouvelles jemaâs : des patriarches d’autrefois aux jeunes d’aujourd’hui Donc, parmi les institutions politiques, seules, autrefois, les assemblées villageoises se réunissaient régulièrement dans chaque village ou ville (parfois quartier dans les agglomérations). Or, dans l’actuelle structure et nomenclature administrative nationale algérienne, les APC, assemblées populaires communales (créées en 1962), ont été définies en Kabylie à l’échelle des groupement tribaux, si bien que, grosso modo, et en dépit de quelques réaménagements dans les délimitations, ces nouvelles « communes » réunissent entre elles les mêmes villages que les anciens leârach. Ces APC (dont le secrétaire est nommé par l’État) sont aujourd’hui composées de représentants élus par l’ensemble de la population de la « commune » dans les différents villages qui la composent ; ils appartiennent souvent aux mêmes familles autrefois influentes à l’assemblée de chaque village.                                                     Or les assemblées villageoises perdurent toujours, tolérées par l’État algérien, qui en fait préfère sans doute concéder cette forme ancienne et traditionnelle de concertation politique où s’exprime une très forte solidarité, structurée sur le modèle idéologique dominant de la parenté, plutôt que de voir se développer de modernes partis dépassant largement le cadre local, voire à prétentions nationales. Cependant, si tous les villageois sont toujours représentés à l’assemblée du village (quoique encore à l’exclusion des femmes), la composition de ces nouvelles jemaâs a changé.  En effet, tout d’abord, au temps de l’émigration de travail, celle des hommes seuls, les patriarches y furent secondés, voire relayés, par les ex-émigrés de retour après plusieurs années en France ; souvent instruits, ceux-ci étaient alors des personnages écoutés du fait de leur expérience, d’autant plus s’ils faisaient partie de « bonnes familles », ce qui était souvent le cas. Mais aujourd’hui que l’émigration « de travail », d’hommes seuls, est pratiquement tarie (ou du moins beaucoup plus rare), alors que la plupart des émigrés restent désormais en France avec leur famille et qu’il y a de plus en plus de jeunes au village, les nouvelles générations prennent le relais de la gestion des affaires locales, quitte à demander parfois conseil aux anciens, associés comme consultants aux nouvelles assemblées villageoises.     Depuis des années, en effet, les villages ont perdu beaucoup de leurs hommes : nombre de familles ont émigré, qui en ville, à Alger tout proche – dont 60% des habitants sont d’origine kabyle – ou ailleurs en Algérie, qui en France ; la guerre d’indépendance a fait aussi beaucoup de morts parmi les hommes alors adultes, causé de graves désagrégations familiales et entraîné nombre d’émigrations intérieures ou extérieures à l’Algérie. À présent, s’il ne reste plus guère que quelques vieux et retraités de France aux villages, il y a en revanche, et de plus en plus nombreux, des jeunes adultes, beaucoup de jeunes, car le gouvernement algérien, par attachement à l’ancienne idéologie de la fécondité, a attendu très longtemps avant d’adopter une politique démographique fondée sur l’espacement des naissances 14. En 2001, 57% de la population algérienne a moins de vingt-cinq ans.                                                                                                                                                            Dans les nouvelles assemblées villageoises s’exprime aujourd’hui majoritairement cette nouvelle génération, qui, grâce à la scolarisation – même si elle est parfois défaillante – et surtout grâce aux modernes moyens de communication, a acquis une conscience politique aiguisée au niveau national et international, si bien que, à l’écoute des partis nationaux, elle exprime des revendications plus que jamais démocratiques et en opposition avec le gouvernement actuel.

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