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Plaidoyer pour la régionalisation des entités politiques en Afrique du Nord

Posté par kabylie libre le 10 octobre 2010

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Par: Akli Kebaili pour Tamurt.info

Tamurt : La situation politique des États de l’Afrique du Nord n’a pas beaucoup évolué depuis leur indépendance alors que le monde change rapidement. Que pensez-vous du concept de la régionalisation des entités politiques dans cette région ?

Akli Kebaili : Les États établis dans le monde suivent avec beaucoup de préoccupation chaque tentative d’un peuple pour s’organiser en tant qu’État national souverain. Pour ces États bien établis, l’intégrité territoriale est plus importante que le principe de l’autodétermination des peuples, pourtant garanti par l’ONU.


Certains États n’acceptent même pas la décentralisation de leurs administrations dépassées par l’évolution politique nationale et internationale par peur de perdre une partie de leur pouvoir.

Mais depuis la chute du mur de Berlin et la disparation de l’URSS et de ses alliés, beaucoup de « peuples » commencent à s’organiser en nouveaux États nationaux, parfois en utilisant la violence pour parvenir à leurs fins.
D’autre part il y a des États qui se sont constitués en Organisations régionales. Ces États cèdent de plus en plus de compétences nationales à leurs organismes régionaux. Cela signifie qu’avec le temps les États peuvent disparaître en faveur des régions comme entités politiques autonomes et démocratiques dans le monde.
Dans les organisations régionales seront alors représentées les différentes régions avec leurs spécificités sociopolitiques. Si la communauté internationale se développait dans le sens des régions, à ce moment-là les peuples sans État souverain n’éprouveraient plus le besoin de s’organiser comme États indépendants. Ici je citerai le cas probant des Catalans au sein de l’Union Européenne.

La tentative des États de l’Afrique du Nord de s’organiser en tant qu’organisation régionale a échoué pour plusieurs raisons. Ici je citerai seulement deux raisons essentielles :
- Tous les États de l’Afrique du Nord ont hérité d’un régime politique issu de la France coloniale qui a permis aux détenteurs des pouvoirs de gouvernance par des structures très centralisées de monopoliser le pouvoir. Les masses populaires sont écartées des décisions politiques. Par conséquent ces gouvernements centralisés ne sont pas vraiment prêts à partager leur pouvoir avec une organisation régionale quelconque.
- La non-reconnaissance de la diversité culturelle des régions en Afrique du Nord. Tous ces États ont décidé d’imposer la langue arabe classique à des intentions plus politiques que pratiques à toutes les populations, qu’elles soient arabes ou amazighs (berbères).
A vrai dire ces États n’ont pas de langue de travail propre à eux. Quant à la langue française qui s’est imposée comme langue de l’administration du fait de la colonisation, elle a été refusée pour des raisons idéologiques. Les responsables politiques en Afrique du Nord refusent de prendre en considération les réalités sociopolitiques, économiques et culturelles de leurs propres pays en imposant la langue arabe classique qui n’est pas parlée par les populations nord-africaines.
L’arabisation forcée a bien-sûr provoqué une réaction de la part des Imazighen (Berbères), très claire dans ses revendications, à savoir la reconnaissance de leurs langues et cultures à l’échelle nationale ou régionale. Le cas le plus avancé est l’Algérie grâce à la revendication par les Kabyles de s’organiser en tant qu’entité régionale au sein de l’État algérien.

A mon avis les États nord-africains ne peuvent rester à long terme sourds à ces revendications des masses populaires. Deux options seront alors possibles.
- La reconnaissance des deux langes existantes en Afrique du Nord « Le berbère et l’arabe nord- africain » comme deux langues nationales (il existe de nombreux exemples dans le monde).

- Deuxièmement instaurer un régime politico-administratif fédéral. Le deuxième scénario est de reconnaître les langues existantes à l’échelle des régions.

A ce moment-là chaque État nord-africain peut alors s’organiser comme « Région-État ».
La régionalisation des entités politiques en Afrique du Nord est la seule garantie pour la stabilité et la paix durables en Afrique du Nord.
La régionalisation est une chance à ne pas manquer.
C’est une question de démocratie et de respect des droits de l’homme.

Le Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie (MAK) vient de passer à l’action en installant le 01/06/2010 un Gouvernement provisoire kabyle en Exil. Comment analysez-vous en tant que kabyle et politologue l’évolution de ce mouvement ?

Tout d’abord permettez-moi de clarifier une chose très importante à mes yeux. Il faut savoir que je ne suis ni membre du MAK ni membre d’un parti politique quelconque.
J’ai déjà réagi à chaud à cet événement dans un journal kabyle en kabyle. Mais l’analyse d’une situation si primordiale pour toute la région de l’Afrique du Nord nécessite un temps de réflexion pour essayer de voir les choses d’une façon objective et non d’un point de vue sentimental.
Je vais essayer donc en tant qu’homme de réflexion et en tant que politologue et juriste de formation de répondre aux questions posées.
La création de ce GPK Gouvernement Provisoire Kabyle est à mon avis le développement historique naturel du mouvement kabyle ou amazigh. La lutte pacifique de ce mouvement depuis le Printemps amazigh de 1980 et depuis le printemps de 2001/2002 ne peut rester éternellement de nature purement revendicatrice. La société kabyle a beaucoup évolué. Il est donc normal que les Kabyles revendiquent le respect de leur culture et de leur organisation sociopolitique. Les Kabyles n’ont plus confiance dans les détenteurs du pouvoir à Alger. Leur langue et culture ne sont pas officiellement reconnues dans leur propre pays. Jusqu’à aujourd’hui l’administration algérienne se permet de temps à autre de refuser les prénoms kabyles aux nouveau-nés. L’extrait de naissance, qui symbolise officiellement l’identité d’une personne, n’est pas délivré en langue kabyle. Les Kabyles se sentent ignorés depuis l’indépendance en 1962. En revanche le pouvoir central algérien voit la Kabylie comme l’éternel problème qui menace l’unité nationale et dérange la construction d’une grande nation arabe.
Je veux dire par-là qu’il s’agit d’avoir le droit de pouvoir gérer les affaires de la Kabylie d’une manière autonome.
Je sais que ce mot peut faire peur à certains. Il faudrait leur expliquer le sens de ce terme. Si j’ai bien compris, le MAK ne revendique pas le détachement politique de la Kabylie de l’Algérie.
Le MAK avec la création de son GPK préconise, à l’instar de la Catalogne en Espagne, la création d’une région kabyle autonome avec toutes les institutions locales (parlement, gouvernement et justice). La langue kabyle doit évidement devenir langue officielle régionale. Il s’agit de la démocratisation de la société algérienne. Un système fédéral serait obligatoirement de mise au plan national. On peut être pour ou contre la création du GPK. D’ailleurs il y a des Kabyles qui se sont manifestés contre ce GPK, et puis il y a des Kabyles qui se sont prononcés pour.

Justement est-ce-que ce GPK est légitime ?

Vous savez, chaque mouvement politique prétend détenir la vérité et la solution aux problèmes sociopolitiques, économiques et culturels d’un pays ou d’une région dans le monde. La question fondamentale qui se pose est la suivante : Est-ce que les Kabyles ont le droit légitime à s’organiser politiquement en tant qu’État régional au sein de la République algérienne ?
Eh bien la réponse est OUI ! Quant à la représentation de la population kabyle par le MAK et son GPK, elle n’est pas encore acquise. Il ne peut pas y avoir de légitimité sans élections. D’ailleurs comme le nom le dit, un « gouvernement provisoire » n’a pas la possibilité d’organiser des élections sans l’accord et le soutien du gouvernement algérien central. Le GPK est un instrument de travail du MAK qui a décidé de passer à l’action pour atteindre le but visé, en l’occurrence la réalisation de l’autonomie pour la Kabylie. Sur le plan international le MAK a réussi à se faire accepter par un certain nombre d’institutions internationales.
À l’échelle de la Kabylie tout le travail reste à faire. Le MAK a bien sûr le droit de s’organiser comme il veut, mais il ne peut représenter la Kabylie toute entière. Par contre il reste un mouvement kabyle. L’avenir nous dira s’il sera capable de convaincre les masses kabyles pour son projet politique. Le MAK est un mouvement politique qui a émergé ces dernières années d’une façon très visible. Parallèlement il y a beaucoup de Kabyles qui travaillent d’une façon silencieuse à leurs droits politiques.

Quelle Organisation politique et administrative est d’après-vous adaptée à la situation sociopolitique de la Kabylie ?

L’organisation politique et administrative de l’État algérien est héritée du colonialisme français. Les responsables des gouvernements algériens successifs ont joué la carte du socialisme pour contrecarrer le système capitaliste colonial. Mais l’organisation politique et administrative du nouvel État algérien est la copie conforme du système français. La différence se situe sur le plan du respect des droits de l’homme et de la démocratie par rapport à leurs citoyens.
Pour la Kabylie la violation de son système sociopolitique est flagrante. Tout d’abord ce sont les Français qui ont détruit le principe de la démocratie directe kabyle pendant la guerre de libération, puisqu’ ils ont annulé les élections des comités de villages en tant que gouvernements locaux. Les Français avaient nommé des chefs dans les villages, qui avaient la mission de représenter les intérêts militaires français.
Après l’indépendance de l’Algérie, l’État algérien a continué à détruire la structure de cette démocratie kabyle. Les comités de villages ont perdu leur compétence puisque l’État algérien a installé d’autres institutions en contradiction avec le système kabyle. De plus, l’État a coupé la relation entre les villages et les communes qui sont complètement étrangères à la réalité locale malgré des élections formelles, puisque l’exécutif assuré officiellement par les maires élus et les conseils communaux sont contrôlés par des représentants du gouvernement central (les sous-préfets). Le même système est installé à l’échelle des départements. Il faut par conséquent déjà supprimer purement et simplement les sous-préfectures et départements,

Je proposerai quelques principes généraux pour l’installation d’un régime adapté à la culture locale de la Kabylie. Les voici :

- Le peuple kabyle doit choisir par voie de vote à bulletin secret (quand les conditions seront réunies) ses représentants légitimes à l’échelle régionale avec une instance supérieure (exemple : le Parlement local de Kabylie) dans laquelle seront représentées toutes les régions de la Kabylie. Cette instance sera donc déléguée pour représenter les intérêts de la Kabylie auprès de l’État algérien central.
- L’organisation politique et administrative de la Kabylie sera alors fédérative.
- Après entente avec l’État algérien sur le statut de l’autonomie de la Kabylie, le Parlement local de Kabylie élira un gouvernement local.
- Les compétences et les champs d’application (projets strictement régionaux et projets nationaux) doivent être réglés par négociation, par conséquent par la Constitution de l’État algérien.

L’État kabyle régional doit se baser sur ces éléments fondamentaux :
- Le kabyle sera langue nationale et officielle.
- L’État kabyle régional sera social.
- La liberté de culte, l’égalité entre l’homme et la femme…seront garanties par la constitution kabyle locale.
- La base de la démocratie kabyle doit rester au plan des conseils des villages (Tajmaat).
Par conséquent, le régime politique de la Kabylie ne peut être que parlementaire.
- Toutes les instances politiques régionales (à l’échelle des villages, des régions et du Parlement local de Kabylie doivent se placer au niveau de la représentation des villages kabyles (vote direct).
- Les partis politiques, les mouvements sociopolitiques, les individus sont amenés à proposer des programmes politiques.
- La population kabyle peut être représentée aussi par voie électorale auprès des instances de l’État algérien national.
- Pour la réalisation de ce projet le peuple kabyle doit mener un combat politique pacifique pour instaurer sa reconnaissance en tant que peuple avec toutes ses composantes sociopolitiques. Il ne s’agit plus seulement de revendiquer la différence culturelle.
- La reconnaissance d’une organisation politique du peuple kabyle doit être bien sûr négociée avec l’État central algérien.

Comment expliquer la nécessité de l’autonomie de la Kabylie et quels sont les moyens nécessaires à son instauration ?

La tâche essentielle est l’explication de ce Projet d’Autonomie pour la Kabylie.

À mon avis il faut répondre à trois questions :
- Que veut dire le mot Autonomie ?
- Pourquoi l’Autonomie ?
- Comment arriver à cette Autonomie ?
Toutes les trois questions doivent êtres discutées
a) directement avec la population kabyle,
b) expliquées aux autres citoyens algériens,
c) négociées avec l’État algérien central actuel.

L’autonomie de la Kabylie (et pourquoi pas l’autonomie des autres régions du pays) serait une chance pour réformer le régime algérien dans le sens de la décentralisation et démocratisation de ce pays. L’autonomie de la Kabylie doit répondre aux besoins du développement de la région dans tous les domaines. La régionalisation de l’État algérien est une chance à ne pas manquer.
Pouvoir gérer ses affaires locales dans tous les domaines de la vie et surtout politiquement peut motiver la population concernée à plus d’engagement pour la construction de son avenir dans le respect des droits de l’homme et du citoyen !

3 Réponses à “Plaidoyer pour la régionalisation des entités politiques en Afrique du Nord”

  1. Anonyme dit :

    Quel sont les acteurs de la manifestation droit de l homme en afrique du nord

  2. nechar madjid dit :

    Salut Md.Akli si tu me recois contacte moi DAVID198610@hotmail.fr

  3. nechar madjid dit :

    Si tu me recois contacte moi a Skype david198610

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