Textes sur l’Autonomie

TIMANIT I TMURT N IQVAYLIYEN 

M—A—K 

MOUVEMENT POUR L’AUTONOMIE DE LA KABYLIE 

APPEL 

Citoyennes, citoyens kabyles ! Ce n’est que depuis 2001, et pour la première fois de son histoire, que la Kabylie s’est dotée d’une organisation politique qui assume avec fierté le PEUPLE KABYLE et pour lequel elle œuvre à donner un minimum de souveraineté sur son territoire, avec, notamment, un statut d’autonomie régionale. Cette structure est le Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie (MAK). Pour autant, la Kabylie ne rougit pas de ce retard essentiellement dû à sa générosité et son altruisme qui la poussent naturellement à se porter au secours des autres, quitte à y laisser la conscience qu’elle avait d’elle-même. Ainsi, son investissement dans le combat anticolonial, au service de l’indépendance de l’Algérie, restera exemplaire dans les annales de l’humanité. Sa révolte de 1963, au lendemain de l’indépendance de l’Algérie, avait deux sens : 

1- exprimer son désir de recouvrer un minimum de son ancienne souveraineté sur elle-même, perdue face à la colonisation. 

2- refuser la dérive de ceux qui s’installaient au pouvoir par les armes. Elle s’insurgeait contre l’instauration de la dictature et ses mœurs politiques aux antipodes des valeurs kabyles. Elle constatait aussi, avec dépit, deux faits : 

1) son manque de force à tracter ne serait-ce qu’une infime partie du reste des Algériens derrière elle comme elle le faisait depuis 1926 ; la guerre d’indépendance l’ayant épuisée. 

2)  Son isolement et son décalage politiques et culturels par rapport aux  autres régions d’Algérie. Ces deux phénomènes, amplifiés par le pouvoir au fil du temps, vont faire des partis politiques issus de la Kabylie, le FFS et le RCD, qui de 1989 à ce jour ne ménagent aucun effort pour réinsérer le Kabyle dans l’introuvable nation algérienne, les plus grandes victimes du naufrage « national ». Le Printemps Berbère de 1980, le boycott scolaire de 1994-1995, les émeutes ayant suivi l’assassinat de Matoub Lounes, et enfin le Printemps Noir de 2001, ne sont que des répliques de 1963, adaptées aux contraintes politiques de leur contexte historique. Le MAK en est la suite logique et l’héritier naturel. Il est  à la fois leur synthèse et leur dépassement en ce sens qu’il revendique pour la première fois tout haut ce que des décennies de lutte kabyle murmuraient tout bas : La reconnaissance du PEUPLE KABYLE et de ses droits.  Reconnaissance comme peuple autochtone, comme peuple tout court. Le MAK est le cadre ultime de la lutte pacifique pour la maîtrise de notre destin. Il s’appuie sur le droit international et l’action démocratique. 

Depuis la Déclaration du 5 juin 2001, il a fait un gigantesque effort de réflexion, de recherche et de clarification des notions politiques, de relecture de notre histoire afin de remettre celle-ci à l’endroit et le peuple kabyle sur les rails d’un avenir de liberté et de dignité. Les résultats en sont cette prise de conscience de peuple kabyle et ces textes fondamentaux exprimant nos droits et nos aspirations que nous allons tous ensemble concrétiser. Le MAK Se bat sans autre moyen que la force de conviction de ses militantes et de ses militants. Grâce à eux et à ses cadres, il a acquis la crédibilité et la respectabilité interne et externe qui font le succès des peuples en lutte pour leur existence. Vous qui êtes kabyle et qui tenez ce fascicule dans vos mains, sachez que notre destin collectif tient à votre adhésion et à votre action au sein du MAK. Adhérez et faites adhérer vos proches et vos amis pour que chacun accomplisse son devoir vis-à-vis de notre peuple, le peuple kabyle, et prépare un avenir de paix et de liberté à nos enfants, loin des révoltes périodiques que nous connaissons depuis 1980 sous forme d’émeutes et de barricades aux feux de pneus, réprimées par l’autorité algérienne avec des gaz lacrymogènes, la prison et les balles réelles qui handicapent et assassinent. Financez le MAK, le seul Mouvement qui réalise nos aspirations communes. 

COMME L’IDÉE DE L’AUTONOMIE A DÉJÀ GAGNÉ LA MAJORITÉ DES KABYLES, RENDONS-LA CONCRÈTE, ENSEMBLE. 

VIVE LA KABYLIE LIBRE ET AUTONOME 

MOUVEMENT CULTUREL BERBERE/ Rassemblement National 

DECLARATION PRELIMINAIRE 

Si cela fait déjà plus d’un mois et demi que la Kabylie subit les assauts meurtriers du pouvoir dans un silence général assourdissant c’est parce que le régime et ses relais ont méthodiquement, depuis 1963, organisé la marginalisation de cette partie du pays. 

Présentée toujours comme l’ennemi intérieur par des élites et des médias aux ordres, la Kabylie et le Kabyle sont souvent suspectés, à tort, par le simple militant de l’ex parti unique, de constituer une menace permanente sur l’unité nationale.  Son particularisme multiforme, dont son irrédentisme identitaire et linguistique, est à l’origine de sa mise officieuse au ban de la nation. Bien des politiques aberrantes ont été justifiées sur la base d’une volonté officielle de réduire cette région insoumise : La politique d’arabisation de l’école, de l’environnement, de l’état civil et des prénoms ; le changement de dénomination des clubs sportifs, rien que pour faire disparaître le mot « Kabylie » de la JSK ; l’intensification de l’enseignement religieux du temps de CHADLI pour pacifier  la région au risque de renforcer l’intégrisme islamiste envahissant à l’échelle nationale ; le dépeçage territorial de la Kabylie en en rattachant des pans entiers aux wilayas limitrophes afin d’en réduire l’importance géographique et faciliter sa répression ; et dans ce même ordre d’idées, il y a eu la multiplication, depuis 1980, des implantations de nouvelles casernes de gendarmerie nationale à tel point que nulle de nos daïras n’y a échappé. Ce sont celles-ci qui, en ce printemps 2001, tirent à balles explosives sur notre jeunesse au courage et à l’héroïsme inégalés dans toute l’histoire de notre pays. 

Cela fait 21 ans que la Kabylie tente vainement de remettre l’algérianité au cœur de l’Algérie à travers ses revendications identitaires et linguistiques amazighes. Cela fait 21 ans de répression et d’humiliation d’une région qui ne demande qu’à participer à l’essor du pays, au bien-être des Algériens et au respect de leur dignité et de leur citoyenneté. Si ce pouvoir n’a eu ni la volonté de nous écouter ni celle de nous respecter, s’il organise systématiquement notre isolement à l’échelle nationale et s’il tire à balles réelles sur de jeunes manifestants kabyles, c’est parce qu’il est l’héritier direct de l’ex état colonial français, avec sa culture et ses missions : Diviser pour régner, confisquer la liberté et la démocratie au profit d’une caste qui considère le peuple et les valeurs humaines les plus nobles comme ses pires ennemis. 

Devant cet état de fait et l’épaisseur de la révolution que vit la Kabylie depuis 47 jours, n’en déplaise aux tenants d’une interprétation faussement nationale des événements de la Kabylie, la revendication de tamazight comme langue nationale et officielle paraît désormais dépassée, tout comme ses cadres d’expression que sont le MCB et les partis existants. Nous n’en voulons pour preuve que cette fulgurante émergence des Archs qui, devant l’urgence, ont su réaliser l’unité de la région par delà les sempiternelles divisions partisanes. 

L’aspiration profonde de la Kabylie à vivre en paix dans  la nation, avec un statut de large autonomie, s’est fait jour. Sa réalisation pacifique sera enfin le début d’une véritable décolonisation institutionnelle de l’ensemble du pays. Par respect à l’Algérie, à la Kabylie et à la mémoire de nos martyrs, nous avons le devoir d’être fidèles à nous-mêmes et d’être à l’écoute de l’expression de notre peuple. Ce statut spécial dont il faudra doter la région, conforme à la constitution et consolidant l’unité nationale, permettra à la Kabylie de protéger ses enfants, son avenir et celui du pays en montrant à ce dernier la véritable voie de la liberté, de la prospérité, de la justice et de la dignité. 

Pour le réaliser, une pétition sera lancée dès aujourd’hui et un cadre porteur sera rendu public incessamment. ·         

GLOIRE A NOS MARTYRS        

VIVE LA KABYLIE 

VIVE L’ALGERIE P/Le MCB-RN 

Ferhat MEHENNI Président 

Tizi-Ouzou le 05/O6/2001 

TIMANIT I TMURT N YEQVAYLIYEN
MOUVEMENT POUR L’AUTONOMIE DE LA KABYLIE
(M. A. K)
 

PROJET POUR L’AUTONOMIE DE LA KABYLIE 

Préambule 

1. Considérant l’identité et la forte personnalité du peuple kabyle façonnées et affirmées au fil des siècles à travers une langue et une culture de la grande famille amazigh, une organisation sociopolitique à nulle autre pareille et un attachement séculaire aux valeurs de liberté, de respect d’autrui et de solidarité avec les Autres. 

2. Considérant le rôle de premier plan joué par la Kabylie dans le mouvement national algérien et la guerre d’indépendance dans laquelle elle s’était massivement engagée. 

3. Considérant l’exclusion de la kabylité dans la définition de l’algerianité et les discriminations officielles, en tous genres, frappant les Kabyles depuis l’indépendance nationale. 

4. Considérant l’isolement politique national de la Kabylie, de la rébellion du FFS en 1963 au « printemps noir » qui l’endeuille depuis avril 2001 en passant par le « printemps berbère de 1980, le boycott scolaire de 1994-95, la révolte populaire suscitée par l’assassinat de MATOUB Lounes… 

5. Considérant le divorce politique consommé entre la Kabylie et le pouvoir algérien du fait du recours de ce dernier à la répression permanente contre elle, depuis quarante ans, et l’utilisation des armes de guerre durant le printemps noir contre ses enfants. 

6. Considérant le Congrès de la SOUMMAM de 1956 qui avait consacré le principe de l’AUTONOMIE DES WILAYA, 

7. Considérant la Charte des Nations Unies, la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, la Déclaration de fribourg et la Charte Droits des Peuples adoptée à Alger en 1976. 

8. Considérant la réémergence des « archs » kabyles en tant que mouvement citoyen limité à la Kabylie et la plate-forme d’El Kseur dont la satisfaction pleine et entière ne peut se faire que dans un cadre d’autonomie régionale, 

9. Sachant que chaque autonomie régionale existante de par le monde est le produit de l’Histoire de son peuple. 

10. Considérant les expériences catalane, flamande, écossaise, galloise, sarde, québécoise. 

11. Dans le souci de sauvegarder l’intégrité territoriale de l’Algérie et de mettre un terme à cette confrontation permanente entre le pouvoir algérien et cette région du pays,

le Congrès Constitutif du Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie, du 14/08/2007 à Ighil Ali, adopte ce Projet pour l’Autonomie de la Kabylie (P.A.K). 

Chapitre I :

Définition 1. Par sa langue, sa culture et son Histoire, le PEUPLE KABYLE s’est forgé une identité et une personnalité très prononcées. 

2. Les Kabyles sont citoyens d’Algérie et appartiennent tous à la famille des AMAZIGH ou « hommes libres ». 

3. La Kabylie est leur première patrie. Elle recouvre l’espace historique de l’ex Wilaya III ajusté aux réalités sociolinguistiques de la région. 

4. Le kabyle est sa langue officielle. Toutefois, la Kabylie dispensera à ses enfants toutes les langues nécessaires à son épanouissement et à son rayonnement culturel, économique, social et politique. 

Chapitre II :

Valeurs 1. La Kabylie autonome consacrera le respect des Droits Humains, sans distinction de sexe, de race, de langue ou de religion. Par conséquent, le code de la famille y sera abrogé, la polygamie n’aura plus sa raison d’être et le statut personnel sera régi par des lois civiles égalitaires

2. La liberté de culte et la liberté de conscience y seront garanties et les religions relèveront du domaine privé. 

3. La démocratie est le système politique qui régira le fonctionnement de ses institutions élues. 

4. La Kabylie restera solidaire du reste des Algériennes et des Algériens ainsi que des Amazigh dans leur combat pour leurs droits culturels et politiques. 

5. La Kabylie sera davantage ouverte aux Algériens et l’Algérie aux Kabyles. 

Chapitre III : Autonomie régionale 

1. En tant que région, en tant que peuple et en tant que nation, la Kabylie doit disposer de son autonomie régionale. 

2. L’autonomie régionale se traduira par la mise sur pied, en Kabylie, d’un Etat à travers l’élection d’un parlement régional qui, en fonction de sa majorité politique, élira un chef de l’exécutif pour former un gouvernement local. 

3. D’autres institutions nécessaires à l’encadrement de la région pourront être créées comme un conseil constitutionnel, un sénat, des organes de contrôle des exécutifs locaux. 

4. Les Assemblées Populaires Communales actuelles seront remplacées par les Ârchs où chaque village, chaque quartier (institutions de base de l’autonomie kabyle) seront représentés proportionnellement au nombre de leurs habitants. 

5. La Kabylie aura, également, le droit à ses propres armoiries et à son drapeau qui flottera aux côtés du drapeau algérien. 

6. Les domaines de compétence de l’Etat régional kabyle seront ceux de la vie quotidienne ayant trait à la sécurité civile, l’éducation, la culture, la santé, la justice et les droits humains, l’information et les médias, les transports et leurs infrastructures, les finances et la fiscalité, le budget et l’économie en général, l’environnement et l’aménagement du territoire. 

7. L’Etat central gardera l’exclusivité de la défense nationale, l’émission de la monnaie et la définition de la politique étrangère dans le respect des intérêts moraux et matériels du peuple kabyle. Il aura, aussi, un rôle de régulation et de péréquation économiques entre les régions du pays. 

Chapitre IV :

Modalités 1. L’autonomie régionale sera proclamée à la suite d’un référendum organisé en Kabylie. 

2. Son contenu sera négocié, avec le pouvoir central, par des délégués élus à cet effet. 

3. Une Constituante pourra, alors, être convoquée pour rédiger la Constitution kabyle sur la base de l’accord ainsi conclu. 

4. Ce projet exige d’être consacré par une révision constitutionnelle qui mettra la Loi fondamentale du pays, au diapason de la réalité en Kabylie

CHARTE DU MAK 

DES DROITS DU PEUPLE KABYLE ET DE LA KABYLIE 

1 - Le peuple kabyle a droit à sa reconnaissance officielle par l’Etat algérien

2 - La Kabylie a droit à des frontières administratives reconnues conformes à sa réalité sociolinguistique allant d’Ouest en Est de Tizi-Nat-Aïcha à Ziama Mansouriah au Nord et Djaafra au Sud. Elle juge inadmissible le rattachement de ses territoires à des entités limitrophes où des centaines de milliers de Kabyles sont minorisés et isolés du reste des leurs (Jijel, Sétif, Bordj-Bou-Arreridj, Boumerdes). Les grands centres urbains litigieux, le cas échéant, seront départagés par un référendum (Sétif, Bordj-Bou-Arreridj et Boumerdes). 

2-1- La Kabylie autonome a le droit de défendre les droits moraux et matériels de tous les kabyles sur le territoire national

3 – La Kabylie a le droit à un statut de large autonomie qui lui donne les pleins pouvoirs dans TOUS les domaines à l’exception de la défense nationale, de l’émission de la monnaie et, dans une moindre mesure, des affaires étrangères. 3-1- La Kabylie a droit à ses propres institutions bancaires. 4 – La Kabylie a droit à une République Régionale Kabyle Autonome, démocratique, Sociale et Laïque. 

5 – La Kabylie a droit à ses propres institutions dont son parlement et son gouvernement. 6 – La Kabylie a droit à ce que sa langue officielle soit le kabyle. 

7 – La Kabylie a droit à son drapeau et à ses armoiries. 8 – La Kabylie a le droit à son propre système éducatif qui dispense un enseignement prioritairement dans sa langue, loin des extrémismes, de l’intégrisme, du racisme ou de la ségrégation entre les sexes ; une école attachée à la science et à l’ouverture sur le monde, la technologie et au respect des valeurs fondamentales de l’humanité. 

9 – La Kabylie a droit à sa sécurité civile (police, gardes forestiers, pompiers, surveillance de ses ports, aéroports, sites économiques sensibles). 

10 – La Kabylie a droit à son propre système médiatique (télévisions, radios, presse, communications et autres moyens connus ou à venir) 

11 – La Kabylie a droit à assurer sa propre gestion de son propre développement durable, de son foncier, de son aménagement urbain, de ses transports et de sa fiscalité locale. 

12 - La Kabylie a droit à sa quote-part des richesses naturelles nationales dont le pétrole et le gaz au prorata du nombre d’habitants qui y vivent par rapport à l’ensemble de l’Algérie. 

13 - Le peuple kabyle ouvre droit à la qualité de nation dans l’ensemble algérien. 

14 - La Kabylie a le droit de soustraire ses femmes et ses filles à l’infâmant code de la famille et de consacrer une réelle égalité des droits entre les femmes et les hommes. 

15 - Le peuple kabyle a le droit de se battre politiquement pour faire aboutir la présente charte. La Kabylie a tous les devoirs contenus dans le PAK, (Projet d’Autonomie de la Kabylie), adopté le 14 août 2007 à Ighil Ali. 

TIMANIT I TMURT N IQVAYLIYEN
MOUVEMENT POUR L’AUTONOMIE DE LA KABYLIE
M—A—K
 

DEMANDE OFFICIELLE D’UN STATUT D’AUTONOMIE POUR LA KABYLIE 

Adressée à 

LA PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE ALGERIENNE 

AU GOUVERNEMENT ALGERIEN
L’ASSEMBLEE POPULAIRE ALGERIENNE
SENAT ALGERIEN
CONSEIL CONSTITUTIONNEL ALGERIEN 

Avec copie à 

L’ONU, L’OUA, L’UNION EUROPEENNE, HUMAN RIGHT WATCH, AMNESTY INTERNATIONAL, FIDH, GITPA, CAF (CONFEDERATION DES AUTOCHTONES FRANCOPHONES), SOMMET DE L’UNION POUR LA MEDITERRANEE DU 13/07/2008, NELSON MANDELA 

La question kabyle empoisonne le climat politique de l’Algérie depuis que celle-ci a accédé à son indépendance. Au bout de quarante cinq ans de confrontation, les relations tendues entre le pouvoir algérien et la Kabylie ont structuré, de part et d’autre, des réflexes de défiance mutuelle qui, au fil du temps, n’ont fait que radicaliser leurs positions respectives. Leurs rapports sont minés par ce qu’il convient d’appeler le principe de la « rivalité mimétique », ceux d’ennemis irréductibles. L’avenir, selon cette logique et le processus enclenché par la rébellion armée de la Kabylie en 1963 ayant abouti à la révolte du « printemps noir » (2001-2003) en passant par le « printemps berbère » de 1980, est très gros de risques si, du moins, un pacte sérieux n’est pas conclu entre les deux parties. 

Nous savons que pour la présente initiative, les élus et les forces politiques auxquelles ils appartiennent auraient pu constituer de plus légitimes « représentants » de la Kabylie et de meilleurs interlocuteurs pour le pouvoir. Hélas ! Dès lors qu’ils ne reconnaissent même pas l’existence du peuple kabyle, celui-ci et l’Histoire les en a disqualifiés déjà à maintes reprises. Une fois insérés dans le jeu électoral algérien, ces partis et leurs élus ont des objectifs de carrières et de pouvoir aux antipodes des aspirations de leur société et de leur peuple. Si tel n’était le cas, le pouvoir algérien n’aurait pas été amené à négocier à deux reprises au moins (Boycott scolaire de 1994-95, et printemps noir en 2003-2004), avec des organisations populaires kabyles officiellement non reconnues : Le Mouvement Culturel Berbère (MCB) et le Mouvement des Ârchs ! Le problème de la représentation démocratique du peuple kabyle sera résolu par les urnes, en temps opportun. L’essentiel pour le moment est d’identifier le vrai problème et d’apporter la vraie solution. C’est du moins notre devoir de le faire devant les hommes et devant l’Histoire avant que cette solution ne soit dépassée sur le terrain. Entre la Kabylie et le pouvoir algérien, il n’y a pas qu’un malentendu, il y a un abîme. D’un côté, la Kabylie qui avait son organisation propre avant la colonisation française de 1830 et contre lequel butait déjà la Régence d’Alger, croyait soit en un nouvel Etat algérien basé sur l’autonomie des Wilaya de la guerre d’indépendance, soit sur une Algérie confédérale dans laquelle la citoyenneté serait aux antipodes des « deux collèges » de la période coloniale qui discriminait les « indigènes » au profit des Européens. Bref, elle croyait en un possible recouvrement, ne serait-ce que de manière partielle, de sa souveraineté perdue face à la France. La guerre d’indépendance lancée le 1er novembre 1954 et sa Déclaration étaient davantage dictées par l’urgence historique qu’il y avait à mettre fin au système colonial que par la restauration d’un mythique Etat algérien. L’avenir de liberté était mal défini. Pire ! Il n’a été à aucun moment discuté entre les rédacteurs de la Déclaration du 1er novembre 1954 qui n’énumère que des principes généraux susceptibles d’entraîner le reste des régions du pays autres que la Kabylie et les Aurès qui étaient déjà prêts. L’essentiel était de déclencher un processus armé menant à terme à l’indépendance de l’Algérie. Les problèmes politiques internes étaient différés sine die. Le Congrès de la Soummam, tenu en Kabylie en pleine guerre et sur initiative de Abane Ramdane, un Kabyle, était préoccupé par les mêmes urgences et il fut contesté dans son fond comme dans sa forme par les adversaires déjà déclarés de la Kabylie et dont certains, même après avoir accédé à la magistrature suprême, en récusent à ce jour l’esprit et les termes. Cela n’a pas empêché la Kabylie de s’engager corps et âme dans la guerre jusqu’à son terme, le 19 mars 1962. C’est à ce moment-là que les responsables politico-militaires kabyles ayant survécu à plus de sept ans de guerre réalisèrent que leur idéal de liberté pour lequel leur peuple kabyle a tant donné, était en train de leur filer entre les doigts. Ils engagèrent une guerre contre le nouvel Etat algérien sous la houlette du FFS et de son leader charismatique Hocine Ait Ahmed qualifié par les tenants du régime de « sécessionniste » et de « séparatiste ». 

Après leur défaite face au régime d’Alger, les Kabyles ne se sont jamais reconnus dans l’Etat algérien qui se confond avec son pouvoir. Depuis l’indépendance de l’Algérie, le Kabyle tourne délibérément le dos au pouvoir et à ses institutions oppressives. Luttant pour son identité, sa langue et sa culture dans un nouveau pays qui se dit « arabe » et dans lequel il est minoritaire, il aspire à la démocratie et au respect des droits humains susceptibles de lui garantir un minimum d’espace de survie. La Kabylie a porté les coups de boutoirs les plus décisifs au parti unique à travers le « printemps berbère » d’avril 1980 et la création de la 1ere Ligue Algérienne de Défense des Droits de l’Homme. Après 1989, la Kabylie est isolée et son rêve de fraterniser avec l’Algérie démocratique s’envole en fumées de feux de pneus et de barricades, de grèves générales, de sit-in, de matraques et de répression qui la marque au fer pour au moins un siècle encore. Ce refus de s’intégrer dans une Algérie arabo-musulmane, anti-chambre d’une Algérie fasciste et arabo-islamiste à laquelle on arrive ces derniers temps, s’est manifesté par la marche du 25 janvier 1990, le boycott scolaire de 1994/95, la révolte ayant suivi l’assassinat de Matoub Lounes le 25/06/1998, et celle du « printemps noir » de 2001. Depuis, la Kabylie manifeste son désaccord politique avec Alger par le BOYCOTT DE TOUTES LES ELECTIONS (Référendums, présidentielles, législatives ou élections générales). Du Côté de l’Etat algérien, les actes sont plus graves. En héritant de l’Etat colonial français, le régime algérien en a prolongé les pratiques, les méthodes, les visions et les réflexes colonialistes, du moins envers les Kabyles dont l’identité, la langue et la culture sont déclarées subversives et férocement combattues par le jeune Etat algérien. Celui-ci s’est donné pour objectif leur extinction définitive en mettant en place une politique de génocide culturel à travers l’arabisation de leur école qui n’a entr’ouvert ses portes (à la langue « amazighe » et non pas à la langue kabyle) que depuis 12 ans.
La Constitution algérienne ne l’a intégrée qu’en 2002 en tant que « langue nationale » et non officielle, sans que cela se traduise par un changement réel de la situation de tamazight dans la société. Il y a donc, linguistiquement et culturellement des super-Algériens et des infra-Algériens. La politique des « deux collèges » sur la base de l’identité culturelle tant décriée pendant la période coloniale est ainsi largement reconduite depuis 1962. Les Arabes sont en Algérie citoyens à part entière, les Amazighs en général et les Kabyles en particuliers sont des sous-citoyens. Ils sont tués, emprisonnés, torturés, surveillés, provoqués, insultés, rackettés et désignés à la vindicte nationale pour leur refus de l’arabisme et de l’islamisme, deux éléments qui sont pour le pouvoir la marque exclusive de l’identité algérienne. 
Jusqu’ici, tous ceux qui ont eu à présider aux destinées de l’Algérie ont poursuivi inlassablement une politique de dépersonnalisation de la Kabylie pour en finir avec son identité millénaire à travers une arabisation toujours recommencée et toujours plus sophistiquée. Ils n’ont jamais hésité à réprimer, tuer, emprisonner et torturer des opposants ou des manifestants attachés à leur identité kabyle. La résistance insoupçonnée de la Kabylie à ces assauts décuple à chaque fois la hargne des gouvernants à frapper plus fort, à aller plus loin dans leur hostilité et leur volonté de détruire les structures sociales kabyles. Nous en sommes au quadrillage militaire de la Kabylie pour prévenir des intentions qu’elle n’a pas. Les a-t-on du côté du pouvoir algérien ? 

On le voit, les suspicions et les méfiances mutuelles sont l’expression d’un long compagnonnage mortifère où l’engrenage de la défiance a mené les deux parties à un point de non-retour. Le pouvoir algérien estime que les prétentions et les revendications kabyles sont irrecevables pour l’ensemble du pays, Les Kabyles qui sont un peuple autochtone d’Algérie n’ont plus confiance en l’Etat algérien quelles que puissent être ses déclarations qui sont immédiatement contredites par ses actes. On n’effacera pas d’un coup d’éponge tant de décennies de souffrance, de discrimination et d’injustice à l’encontre d’un peuple. Un peuple a toujours une mémoire. Même une déclaration lui demandant pardon pour tout ce qu’il a enduré ne résoudra le problème qu’en réparant les crimes commis contre lui. La cicatrisation ne pourra se faire que le jour où la Kabylie accéderait à son autonomie régionale. Il est vital d’éviter l’usage de la force et les dérives de la violence pour résoudre dans le sens des droits reconnus à chaque peuple, la question kabyle. Les négociations en période de crise aiguë sont toujours tributaires d’un rapport de force déséquilibré qui lèse l’une des deux parties. C’est maintenant qu’il y a une accalmie relative en Kabylie, que le pouvoir devrait faire preuve de sens des valeurs et de responsabilité en acceptant cette main tendue pour une solution de raison. Aussi, devant l’opinion nationale et internationale, au nom du Mouvement pour l’Autonome de la Kabylie, (M.A.K) nous proposons : 1 – La reconnaissance par l’Etat algérien, du peuple kabyle  2 – l’application d’un statut d’autonomie pour la Kabylie. Les textes internationaux ratifiés par l’Algérie font, normalement obligation à cette dernière, d’accéder à cette demande officielle émanant d’une organisation kabyle se réclamant du principe des droits des peuples à disposer d’eux-mêmes. Si certains ont des doutes sur l’aspiration de la Kabylie à prendre en main son destin à travers un Etat régional articulé à l’Etat central algérien, nous proposons la tenue, le plus tôt possible, d’un référendum précédé d’un débat dans tous les villages et cités de la Région. Pour tout démocrate, le verdict des urnes est la seule façon de connaître la volonté d’un peuple. 

Kabylie le 05/06/2008.

 Pour le MAK, Ferhat MEHENNI 

L’AUTONOMIE DE LA KABYLIE EN QUESTION 

1-. Qu’est ce que le Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie (MAK) ? 

Le MAK est un cadre de rassemblement ouvert à toutes les forces vives de la Kabylie qui souhaitent militer en faveur de l’autonomie de la région vis-à-vis de l’État central algérien. Il a vu le jour dans le chaud de l’action, le 5 juin 2001, durant la dernière révolte populaire kabyle plus communément appelée Printemps noir. C’est un mouvement d’essence démocratique et pacifique qui fonde son action sur les principes universels de tolérance et de respect des droits de l’homme et des droits des peuples. 

2. Le MAK est-il un parti politique ? 

Non. Le MAK est une organisation qui transcende tous les clivages politiques. Son seul et unique objectif est celui de la concrétisation de l’autonomie de la Kabylie. N’ayant pas pour ambition la conquête du pouvoir, ni la participation à son exercice, le MAK ne présentera aucun candidat à quelque élection que ce soit. Il s’auto-dissoudra une fois l’objectif atteint. 

3. Qu’est ce que l’autonomie de la Kabylie ? 

L’autonomie de la Kabylie est un statut politique particulier qui conférera à la région les attributs d’un État-région dans le cadre de la République algérienne. De la sorte, la Kabylie disposera d’un gouvernement et d’un parlement propres à même de gérer l’essentiel de son quotidien dans les limites de son territoire. L’économie, la justice, l’éducation, la culture et les médias, et la sécurité quotidienne relèveront des compétences exclusives de l’État-région kabyle. Dans tous ces domaines, ce dernier sera l’interlocuteur incontournable de l’État central qui ne pourra prendre aucune décision impliquant la Kabylie sans son aval

Hormis notamment les questions de sécurité extérieure, des conventions et des traités internationaux qui relèvent des prérogatives régaliennes de l’État central, l’assemblée régionale kabyle pourra, en toutes matières, adapter les lois. L’existence d’institutions assurant l’exercice de l’autonomie régionale n’est pas exclusive d’une représentation de la Kabylie dans les institutions nationales (assemblée, sénat…). Cette représentation pourra se faire proportionnellement au poids démographique de la région dans la population nationale globale. 

4. Pourquoi l’autonomie de la Kabylie ? 

-L’impératif socio-historique. Les Kabyles forment un peuple à part entière et une communauté de destin unie par un territoire, une langue, une culture, une mémoire historique, des mythes, et des institutions propres. A ce titre, ils ont droit à une reconnaissance formelle au plan national. -Vivre dans sa langue. Notre langue, le kabyle, n’a jamais été prise en charge par les pouvoirs publics en Algérie. Discriminée, elle ne doit sa survie qu’à la résistance culturelle des ses locuteurs : les Kabyles. Il est donc temps de la promouvoir à travers notamment l’école et les médias. La Kabylie doit avoir sa ou ses propre(s) radio(s)télévision(s). Plus de quarante cinq ans près l’indépendance, les Kabyles n’ont toujours pas ne serait-ce qu’une émission mensuelle de cinq minutes en kabyle à la télévision algérienne ! 

- Le droit à la vie. La Kabylie aspire à vivre en paix, à l’abri de la répression et des manœuvres de déstabilisation d’un État central qui n’a de cesse, depuis l’indépendance, de vouloir mater celle-ci à jamais. Durant l’interminable Printemps noir qui a secoué notre région pendant plus de trois ans, 126 personnes ont trouvé la mort et 1200 autres ont été gravement handicapées parmi les 6000 blessés. Les forces de l’ordre (gendarmes, CNS) ont tiré avec des balles réelles explosives. Face à l’exigence de départ des brigades de gendarmerie formulée unanimement par les Kabyles, il nous appartient dorénavant de nous doter de notre propre service de sécurité civile à travers une police relevant du ministère de l’Intérieur de la Kabylie autonome. La sécurité, c’est aussi l’aspiration à un système de santé performant à la hauteur des normes internationales.  

-L’exigence de développement. La Kabylie doit amorcer son essor économique loin des entraves administratives et politiques d’Alger. En prenant en main son destin économique, notre région sera en mesure de réaliser des prouesses. - La promotion du savoir. Il est temps que la Kabylie se dote d’un système éducatif propre (écoles, universités…), celui du progrès, de la science, de la modernité et de l’ouverture sur les autres, et non celui de l’arabisation et de l’islamisation, celui de l’intolérance et du repli sur soi.  5. Le projet de l’autonomie de la Kabylie est-il viable économiquement ? L’idée que la Kabylie ne peut vivre en dehors des subventions providentielles de l’État central relève du mythe. Il va sans dire que, depuis l’indépendance, la région survit essentiellement par l’apport de sa diaspora interne et externe et par l’investissement privé local. Au contraire, l’État central est plus un frein à l’essor économique de la Kabylie qu’un facteur de son développement. Il n’a eu de cesse de détourner et saborder tous les projets d’investissements nationaux ou étrangers à destination de la région, alors que celle-ci contribue (prélèvements fiscaux) plus à son budget qu’elle ne perçoit de lui. 

Sur le plan notamment de la rente des hydrocarbures, un État-région kabyle sera plus à même à négocier sa quotte part avec l’État central. A ce jour, celui-ci reste le gestionnaire et le rentier exclusif des richesses nationales. A quel citoyen algérien profite la manne pétrolière ? 

6. Quelles sont les limites territoriales de la Kabylie ? 

La région autonome de Kabylie devra regrouper l’ensemble des communes berbérophones des actuelles wilayas de Vgayet, Tizi Ouzou, Tuvirett, Bordj Bou Arreridj, Sétif, Boumerdès et Jijel – globalement le territoire de l’ancienne wilaya III de la guerre de libération, ajusté aux réalités sociolinguistiques d’aujourd’hui. Dans les zones limitrophes bilingues, les populations locales devront pouvoir déterminer librement leur attachement ou non à la Kabylie par voie de référendums locaux. 

Un redécoupage du territoire des actuelles communes pourra également être envisagé lorsque la répartition des langues à l’intérieur d’une commune est clairement géographique. 

7. Quels moyens se donne le MAK pour atteindre son objectif ? 

Le MAK est un mouvement résolument pacifique et sa démarche avant tout politique. De ce fait, il restera très vigilant face aux provocations et autres tentatives de déstabilisation visant à plonger la région dans la lutte armée. Le MAK axera prioritairement son action sur les terrains suivants :  *désobéissance civile et rejet de toute élection en Kabylie jusqu’à l’organisation d’un référendum régional en faveur de l’autonomie de la Kabylie  *consultation de la population par pétition et par voie référendaire *mise en place d’institutions citoyennes régionales pour pallier aux institutions nationales rejetées en Kabylie. Elles préfigureront les organes de gouvernement de l’État autonome kabyle. Par exemple, la commune pourra être gérée par le arch dans lequel chaque village ou quartier est représenté. Cette démarche pourra être étendue aux échelons supérieurs des actuelles assemblées départementales, voire nationales. 

 *auto-affirmation culturelle par l’instauration d’un enseignement du kabyle dans les écoles, collèges et universités de Kabylie.  *usage du kabyle dans l’espace public (panneaux de signalisation, frontons des édifices publics…). 

8. La Kabylie autonome pourra-t-elle se doter d’un drapeau ? Oui. Un drapeau régional kabyle pourra en effet occuper l’espace public kabyle à côté de l’emblème national algérien, comme cela est notamment le cas dans la plupart des régions de l’Union européenne. Les emblèmes régionaux cohabitent harmonieusement avec les emblèmes nationaux et européens. Prôner l’autonomie de la Kabylie c’est : Construire l’avenir de la région sur la réappropriation de son destin, sa mémoire, sa culture, et sa souveraineté dans tout ce qui relève de son espace immédiat. Construire l’autonomie de la Kabylie, c’est aussi bâtir une Algérie moderne, plurielle et démocratique où il fait bon vivre. 

Une Réponse à “Textes sur l’Autonomie”

  1. dalila dit :

    Dalila, 35 ans, diplômée au chômage : «Je cherche un travail, je risque 1 an de prison!» .
    Vendredi, 18 Mars 2011, 13:16 | Propos recueillis par Farid Alilat .7retweet0Dalila Touat, 35 ans, militante au sein du comité national pour la défense des droits des chômeurs, a été arrêtée par la police mercredi 16 mars à Mostaganem, à l’Ouest d’Algérie. Interrogée puis placée en garde-à-vue durant 24 heures, elle doit comparaitre le 28 avril prochain pour incitation à un rassemblement non armé par le biais de distribution de tracts. DNA a recueilli son témoignage.

    ——————————————————————————–

    Je m’appelle Dalilta Touat. J’ai 35 ans, je suis diplômée en physique à l’université d’Oran. Originaire de Mostaganem, je suis au chômage depuis ma sortie de l’université.Plus de huit ans déjà!

    Récemment, j’ai décidé d’intégrer le collectif pour la défense des droits des chômeurs pour sensibiliser les gens sur le calvaire des jeunes qui souffrent de ne pas pouvoir trouver un emploi.

    Je ne suis pas encartée dans aucun parti politique. Je ne fais pas de politique. Je n’en ai jamais fait. Je revendique simplement mon droit à un poste d’emploi.

    Lundi 14 mars, j’ai distribué une dizaine de tracts de ce collectif à Mostaganem. Ce jour là, j’avais remarqué que j’étais suivi par des hommes en civil, certainement des policiers. Je n’ai pas prêté attention.

    Mercredi 16 mars, je me suis rendue vers midi au bureau de la poste pour retirer l’argent de ma mère quand trois hommes en civil ont demandé après moi.

    « Madame vous distribuiez des tracts hier ? Vous appartenez à quelle association ? A quelle organisation ? », m’interrogent-ils avant de me demander de les suivre.

    Ils m’embarquent dans une voiture direction le commissariat. Ils me suivaient donc depuis lundi…

    Sur place, je suis soumise à un premier interrogatoire. Qu’est ce que vous faites ? A quelle organisation appartenez-vous ? Qu’est ce que vous demandez ? Votre organisation est-elle légale? A-t-elle un agrément ? Les policiers sont courtois. L’interrogatoire dure un quart d’heure.

    Ensuite, je suis introduite dans le bureau du commissaire. Celui-ci me fait une leçon de morale, sans aucune agressivité. Il me dit qu’il faut d’abord bien élever nos enfants avant de faire des revendications. Je lui explique calmement ma situation.

    Je suis au chômage depuis 8 ans. Depuis que je suis sortie de l’université, je n’ai pas pu trouver un emploi. J’ai enduré des épreuves. J’ai un diplôme, mais je n’ai pas droit à un travail dans mon pays. J’ai tout essayé, frappé à toutes les portes. En vain. Je demande simplement un travail. Je ne fais pas de politique. Tuez-moi, ou jetez-moi à la mer si vous voulez, mais je continuerai à militer pour avoir le droit à un travail.

    Fin du premier interrogatoire.

    Je suis conduite au commissariat central où se trouve la police judiciaire.

    Je suis confrontée au commissaire. Celui-ci m’accuse aussitôt d’inciter les gens à des rassemblements non armé et de distribuer de tracs.

    Il me dit que notre action est illégale dans la mesure où notre organisation n’est pas agréée. L’audition dure plusieurs heures. On m’interroge sur tout, même sur les faits les plus anodins.

    L’interrogatoire terminé, je suis conduite à l’hôpital pour une visite médicale. On m’explique que c’est la nouvelle procédure. Pour s’assurer que je suis en bonne santé et que je n’ai pas été maltraitée. On m’établit un certificat médical.

    J’avoue que je n’ai pas été agressée, ni mal traitée par les policiers.

    J’ai l’impression d’être une délinquante. Une criminelle.

    Retour au commissariat. On m’autorise à passer un coup de fil. Le premier depuis mon arrestation. Je préviens ma mère que je suis arrêtée par la police.

    On m’informe que le directeur de la sureté veut me voir dans son bureau. Nouvel interrogatoire en présence d’une personne qui ne s’est pas présentée.

    Je répète que je suis diplômée, au chômage depuis huit ans. A 35 ans, à l’âge où je peux fonder un foyer, je cours derrière un emploi. Je revendique mon droit à un travail.

    Je répète que je ne distribuais pas des tracts pour inciter à un rassemblement, mais pour faire connaitre nos revendications. Il ne s’agit pas d’appeler à la révolte, mais de sensibiliser les gens sur nos revendications.

    « Vous savez, la conjoncture actuelle n’est pas bonne », me dit ce responsable. Ensuite, il fait les louanges du wali de Mostaganem. « Si Mr le wali vous montre les statistiques des crédits qu’il a accordé aux gens, vous ne croirez pas vos yeux… ». Je veux bien le croire.

    Ces crédits, je n’ai pas vu la couleur. Mes frères n’ont rien vu non plus de ces crédits. Où sont-ils sont ces crédits ? Les crédits sont accordés aux gens qui ont du piston, ceux qui ont le bras long. Nous, les gens du peuple, on n’en a pas droit.

    Retour chez les policiers. Une discussion s’engage avec eux. « Que voulez-vous, nous sommes un pays du tiers monde », me dit un policier. Je réponds : « Pourtant, dans le journal Jeune Afrique, ils disent que l’Algérie est un pays émergent…»

    Le commissaire fait l’éloge du chef de l’Etat : « Le président a serré les vis aux responsables, me dit-il. Il est en train de rétablir les droits de l’homme en Algérie. Il est convaincu qu’il faut que tout le monde aie ses droits en Algérie… »

    Le commissaire croit fermement, ou il essaie de me faire croire, que je suis une marionnette entre les mains de dirigeants politique. « Madame vous étiez manipulée, avouez-le… Et vous n’arrivez pas à dire que vous étiez manipulée…»

    Dans la soirée, ma mère me rend visite au commissariat. Elle me ramène le diner. Je vais donc passer la nuit au commissariat.

    Ma première nuit dans un poste de police. Je revendique mon droit à un emploi, je me retrouve en garde-à-vue.

    Le procureur-adjoint arrive sur les lieux. Il me demande si les policiers m’ont lu mes droits. J’ai dit non ! Je suis délestée de mon téléphone portable. Fouille au corps.

    On me conduit ensuite dans une cellule. Les murs sont repeints, les matelas et les couvertures sont neufs. On m’explique que depuis quelques semaines, les policiers ont reçu des instructions pour améliorer l’ordinaire des gens placés en garde-à-vue. Un policier me dit dans un français approximatif : « C’est les droits de l’homme madame… »

    Les droits de l’homme ! Je me demande de quels droits de l’homme parle-t-il. Je revendique mon droit de l’homme pour un poste de travail, je me retrouve en garde-vue-à vue dans un commissariat de police !

    La nuit aura été longue dans la cellule.

    Le lendemain, les policiers m’établissent une fiche anthropométrique. Je suis désormais fichée comme une criminelle.

    Je suis présentée devant le procureur adjoint. Je veux avoir un avocat. Je demande à ma famille venue me voir s’il y avait une possibilité d’avoir un avocat. Opération compliquée. Les avocats ne sont pas tous disponibles. Et puis, je ne m’y connais en rien. Ma famille non plus.

    C’est la première fois de ma vie que je me retrouve dans une telle situation. Je revendique un travail, je me retrouve poursuivie en justice.

    Finalement, je rentre toute seule dans le bureau du magistrat. L’entretien ne s’est pas bien passé.

    J’explique au procureur-adjoint que tout ce que je cherche c’est un travail. Je ne fais pas de politique. L’audition dure plusieurs heures.

    Je quitte le bureau du magistrat. Les greffiers me remettent un document : une citation à comparaitre le 28 avril 2011. Chef d’inculpation : incitation à un rassemblement non armé par le biais de distribution de tracts.

    Je risque une année de prison.

    Une année de prison pour avoir revendiqué mon droit à un travail.

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